Maîtriser et réduire sa consommation d’énergie

Bien gérer sa consommation d’énergie, ses contrats de gaz et d’électricité et utiliser de l’énergie renouvelable – notamment en vue du futur décret tertiaire –, tel est le triptyque gagnant pour réduire les coûts de l’énergie. Des experts et des professionnels du CHR témoignent de leurs expériences.

Publié le 12 janvier 2026 à 09:00

Quand on cherche à réduire sa consommation d’énergie, la première étape consiste à faire la chasse au gaspillage et à envisager des travaux d’efficacité énergétique pour lesquels, aujourd’hui, de nombreuses subventions – comme les certificats d’économies d’énergie (CEE) – sont disponibles. Changer des huisseries ou des convecteurs vétustes, mettre en place un système de gestion technique du bâtiment, isoler des combles…autant d’actions efficaces. À Plouider (Finistère), l’hôtel-restaurant La Butte a par exemple décidé de supprimer sa piscine et a créé un espace bien-être chauffé par un poêle de masse, alimenté par du bois. À Lyon (Rhône), le Collège Hôtel va poser au plafond de son lobby des ventilateurs réversibles pour récupérer l’air frais des pompes à chaleur l’été, et garder l’air chaud vers le bas de la pièce l’hiver.

 

Bien maîtriser ses contrats

Théo Goethals, associé avec Robin Dufoix dans la reprise d’un restaurant rebaptisé Le Limonadier à Lyon, est un ancien courtier en énergie. Ils ont opté pour un contrat ENR (énergie renouvelable) EDF, avec une facturation supplémentaire pour une garantie d’origine. Cette garantie assure qu’une quantité d’électricité d’origine renouvelable équivalente au niveau d’engagement choisi a été injectée sur le réseau électrique. L’électricité représente 2% du budget de fonctionnement du restaurant (tout coût confondu) – une charge bien maîtrisée selon Théo Goethals : “En France, il est possible d’anticiper le renouvèlement de son contrat, et les fournisseurs sont très arrangeants. Il faut bien vérifier dans le contrat que le prix est fixe, et éviter la reconduction tacite”, conseille-t-il. L’hôtel-restaurant La Butte fonctionne en mix énergétique (gaz, électricité, fioul, bois) et en heure creuse/heure pleine avec un contrat EDF. Le chef Nicolas Conraux privilégie les contrats courts pour renégocier régulièrement. Pour lui, c’est beaucoup de batailles et de temps : “Il n’est pas facile de trouver le bon contact, et parfois les conseillers disent des choses différentes. Il faut bien surveiller ses contrats”, estime-t-il.

 

Choix du fournisseur : des détails à scruter

Solution moins chronophage : faire appel à un courtier – qui sera rémunéré par les fournisseurs retenus par le client. Pour Nicolas Daviet, responsable régional de l’agence Sud-Ouest Bordeaux-Toulouse pour le courtier Opéra Energie, le maître mot est l’anticipation. “On peut anticiper les tarifs de l’énergie jusqu’à deux ans à l’avance. En ce moment [novembre 2025, NDLR], la période est plutôt propice avec des prix de marché équivalents à ceux de 2021. Quand le marché est bas, il est intéressant de signer des contrats de 36 à 48 mois avec les fournisseurs. S’il est haut, mieux vaut privilégier un contrat de 12 mois pour se repositionner au meilleur moment”, résume-t-il. Quant au choix des fournisseurs d’électricité, ils se basent tous sur le même marché, mais plusieurs éléments peuvent faire la différence. “Le marché de capacité et le prix des CEE sont les deux variantes pouvant impacter le prix du MWh*. Les consommateurs peuvent également optimiser leur facture en limitant leur demande lors des périodes de point ou d’heure pleines d’hiver si leur activité le permet. Nous optimisons aussi la part acheminement pour voir si des gains sont possibles, car un client peut être sous ou surdimensionné par rapport à une puissance souscrite. Concernant le gaz, la compréhension du contrat est plus complexe. Selon les fournisseurs, les prix de l’abonnement ou de la part acheminement diffèrent. Nous proposons un comparateur pour une meilleure compréhension”, détaille Nicolas Daviet. Plus largement, l’aspect “service” peut rentrer en ligne de compte dans le choix d’un fournisseur : solution de suivi de consommation, espace client clair, etc. Concernant la fourniture d’énergie verte, elle est le plus souvent disponible avec un supplément de prix – hormis chez les fournisseurs proposant des offres en énergie 100 % renouvelable.

 

Panneaux photovoltaïques : une option intéressante pour de l’autoconsommation

En vue de la mise en œuvre du décret tertiaire – qui imposera aux bâtiments tertiaires de plus de 1 000 m² de réduire leur consommation énergétique de 40 % en 2030 – “installer une production d’énergie renouvelable peut permettre d’atteindre cet objectif. Si un site consomme 500 MWh et produit 100 MWh qu’il autoconsomme, il réalise déjà 20 % d’économie d’énergie” remarque Aurélien Jouault, directeur de l’efficacité énergétique pour Opéra Energie. Nicolas Sethian, propriétaire-gérant de l’hôtel Mont Brison (40 chambres) à Briançon (Hautes-Alpes), a franchi le cap. Il y a dix ans, quand il a racheté l’hôtel, celui-ci était doté de panneaux solaires thermiques pour produire de l’eau chaude. Il les a changés pour 12 nouveaux panneaux, soit 14 000 € d’investissement (sans subvention), rentabilisé en deux ans. “D’avril à septembre, quand l’hôtel est plein, la température de l’eau monte à 80 °C, et nous sommes autonomes en eau chaude. Cela représente une économie de 5 000 litres de fioul par an. L’hiver, l’eau chauffe à 50 °C : la chaudière au fioul prend le relais pour augmenter la température de l’eau et pour le chauffage”, explique-t-il.

En prévision de la fin de son contrat d’électricité en 2024, Nicolas Sethian a fait faire une étude pour installer 24 m² de panneaux photovoltaïques en toiture. Le projet, qui s’élevait à 19 000 € HT, a été concrétisé en 2023. “Nous produisons 11 000 kWh : nous en autoconsommons 80 % et revendons le reste. Je suis toujours obligé d’avoir un fournisseur d’électricité (une régie locale), car sur l’année nous consommons 31 000kWh, dont 8 000 kWh autoconsommés”, détaille-t-il. En 2023, la facture d’électricité de l’hôtel s’élevait à 5 300 €. En 2024, elle était de 6 200 €. “Sans panneaux, ça serait encore plus. L’installation sera rentable au bout de six ans et demi”, précise le gérant, qui enrage d’être passé à côté d’une subvention conséquente. “La région Paca aide à l’installation de panneaux photovoltaïques à hauteur de 30 % de l’investissement. Mais nous n’avons pas pu toucher cette aide, car nous cumulons l’autoconsommation et la revente – qui nous rapporte 200 € par an. Nous n’avions pas connaissance de cette subtilité”, se désole-t-il.

Actuellement, le prix d’une centrale photovoltaïque est historiquement bas, mais les subventions de l’État ont été drastiquement revues à la baisse et installer des panneaux pour revendre l’électricité produite n’est plus une opération intéressante. “Mais si l’objectif est de produire pour autoconsommer, cela peut avoir du sens, car on économise alors sur le coût de l’électricité, de l’acheminement et des taxes. En termes de coûts, les projets sur toiture sont les plus intéressants. Installer des panneaux sur une ombrière sera plus lourd financièrement”, détaille Aurélien Jouault. Des aides régionales sont donc parfois disponibles.

 

Pompe à chaleur et géothermie, des solutions poussées par les pouvoirs publics

L’État est en revanche plus généreux pour des projets d’installation de pompes à chaleur (PAC) et/ou de géothermie – un dispositif qui exploite la chaleur emmagasinée dans le sous-sol et les nappes d’eau souterraines. “Installer une PAC est intéressant en 100 % ou en hybridation, avec l’appoint d’une chaudière à gaz par exemple, en cas de pic de consommation. La géothermie se prête bien aux hôtels ouverts à l’année, mais les coûts d’installation sont élevés. Cela dit, le rendement est intéressant : entre le cout réel et le gain réalisé en production énergétique, le taux de rentabilité est de 10%”, précise Aurélien Jouault. À Villevieille (Gard), le propriétaire de l’hôtel-restaurant du Château de Pondres (4 étoiles) s’est lancé dans l’aventure. “Il y a quinze ans, nous avons installé une chaudière au gaz naturel, sans réaliser l’impact écologique. Notre facture de gaz, très élevée, s’élève à environ 60 000 € par an. La CCI du Gard, qui a un service dédié aux énergies renouvelables, a mené pour nous une étude précise prenant en compte la complexité du monument historique. Les deux solutions indiquées étaient une chaudière à bois déchiqueté, nécessitant un énorme approvisionnement en bois et du stockage, ou la géothermie”, raconte Éric Mauz. Les travaux ont été réalisés en 2024 sans compromettre la saison : 38 forages creusés à 240 m de profondeur, tranchées pour les canalisations, raccordement des tubes caloporteurs vers la PAC… Le système a été mis en route en octobre 2024 et tous les réglages sont quasiment terminés. Les résultats sont là : “C’est mieux qu’estimé, avec moins de déperdition que prévu. Nous avons conservé la chaudière gaz en cas de gros froid, mais n’en avons pas eu besoin. Et la chaleur est plus agréable, plus douce”, résume Éric Mauz. Cout global du projet : 900 000 €. “Le projet a été financé à hauteur de 60 % via le Fonds européen de développement régional et l’Agence de la transition écologique. Nous avons financé le reste par un prêt bancaire”, détaille-t-il. Le coût devrait être amortissable sur dix ans. Le gain écologique réalisé correspond à 100 tonnes de CO2 en moins dans l’atmosphère chaque année.

 

*1 MWh = 1 000 kWh



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