Emmanuel Grégoire, candidat à la mairie de Paris : “Paris ne doit pas devenir un décor ni une ville réservée à quelques-uns”

Paris (Île-de-France) L’ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo de 2018 à 2024 et actuel député socialiste brigue l'hôtel de ville à la tête d’une liste d’union de la gauche rassemblant Les Écologistes, le Parti communiste, Place publique et l’Après. (à l’exception de la France insoumise). Lutte contre le surtourisme, promotion de la destination à l’international, concertation avec les professionnels des CHR, mobilité, propreté… le candidat de la gauche a donné à L'Hôtellerie Restauration les grandes orientations de son programme et de sa politique touristique.

Publié le 12 février 2026 à 10:31

 

L’Hôtellerie Restauration :  Paris est l’une des premières destinations touristiques mondiales et constitue la principale porte d’entrée des visiteurs internationaux sur la France. Dans votre programme, vous reconnaissez que le tourisme constitue “une richesse inestimable pour Paris”, mais vous faites le constat que le modèle actuel est “à bout de souffle” en raison des flux touristiques, de la spéculation immobilière et de la gentrification.
Quelles mesures souhaitez-vous mettre en place pour maintenir ce leadership tout en préservant la qualité de vie des Parisiens ?

Emmanuel Grégoire : Paris doit rester la première destination mondiale et nous savons que la réussite des JOP 24 servira pendant plusieurs années à la promotion de notre territoire à l’international. Paris accueille déjà entre 35 et 40 millions de visiteurs chaque année.

En revanche, Paris ne doit pas devenir un décor ni une ville réservée à quelques-uns. Il est nécessaire de retrouver un équilibre entre la ville des habitants et la ville des visiteurs, de maintenir l’hospitalité et la vitalité économique sans impacter négativement la vie des habitants, en termes de logement, de mono-activité commerciale ou encore d’augmentation des prix.

 

Avez-vous imaginé des mesures concrètes pour lutter contre le surtourisme dans les zones déjà saturées ?

Au-delà d’un certain seuil, le tourisme nuit autant aux habitants qu’à l’expérience des visiteurs : c’est donc aussi un sujet d’image et d’attractivité. Il s’agira de mieux réguler les flux touristiques, de mieux les orienter, par exemple sur l’ensemble du territoire parisien et métropolitain, et pas uniquement sur les sites les plus connus (alentours de Notre Dame, de la Butte Montmartre, le Marais ou encore le Champ de Mars).

Nous assumerons une régulation plus ferme et cohérente : lutte contre les meublés touristiques, régulation des autocars avec du stationnement dédié obligatoire pour réduire au maximum la circulation dans Paris, mesures contre la monactivité commerciale dans certains quartiers, et rééquilibrage des flux dans le temps et l’espace. Protéger des sites saturés comme le Louvre, Montmartre ou la tour Eiffel, c’est préserver la valeur et la qualité de séjour, qui fait la réputation de Paris, et permettre aussi aux Parisiens de fréquenter ces sites, comme ce fut le cas à la sortie de la crise sanitaire en 2021.

 

Quels types d’actions de promotion comptez-vous mettre en place pour que les touristes découvrent des quartiers moins fréquentés de la capitale ? Quels quartiers ou types de lieux souhaitez-vous davantage valoriser, et avec quels outils ?

Beaucoup de visiteurs sont déjà venus à Paris : notre enjeu est donc de révéler un Paris autrement, plus local et mieux partagé, dans l’ensemble des arrondissements. Chaque arrondissement sera incité à définir sa politique touristique, en lien avec les habitants et les acteurs économiques, pour valoriser son identité et ses richesses. Nous développerons des parcours thématiques à pied, à vélo ou en transports en commun : l’objectif est d’élargir l’expérience parisienne, de réduire la pression sur l’hypercentre et de soutenir l’hôtellerie, la restauration et les commerces dans tous les quartiers.

 

Quelle serait votre stratégie de promotion de la destination Paris à l’international ? Prévoyez-vous des campagnes dédiées à certaines régions du monde ou à certains segments (luxe, affaires, familles, culture…) ? 

Nous pouvons faire mieux en matière de promotion pilotée à l’échelle métropolitaine, avec une marque unique, un site d’accueil et une application, pour améliorer à la fois l’expérience des visiteurs et la qualité de vie des Parisiennes et des Parisiens.

 

Vous déclarez également : “Un tourisme davantage maîtrisé passe par l’augmentation des recettes de la Ville et une meilleure répartition des coûts et bénéfices du tourisme sur notre territoire et notre économie locale.” À quel type de recettes pensez-vous avoir recours ? Qui bénéficierait de cette meilleure répartition  de ces coûts et bénéfices ?

Comme dans d’autres grandes capitales (Berlin, Amsterdam, New York), je veux un dispositif plus juste et plus lisible, qui rééquilibre l’effort entre le très haut de gamme et le reste de la filière, en ouvrant un dialogue avec l’État pour faire évoluer le cadre actuel, notamment sur la taxe de séjour, pour la rendre proportionnelle au prix de la nuitée.

Le secteur du tourisme, de l’hôtellerie, de la restauration représente presque 15 % de l’emploi à Paris, c’est donc un atout immense pour notre Ville. Je veux travailler avec les professionnels du secteur pour faire en sorte que ce succès bénéficie à tous les quartiers et à tous les Parisiens.

 

La propreté et l’entretien des zones touristiques sont des enjeux cruciaux pour l’attractivité de la destination, et ont fait l’objet de nombreuses critiques lors des mandats de Madame Anne Hidalgo. Récemment, vous avez vous-même reconnu des “ratés” en la matière. Quels seront vos actions prioritaires pour y remédier ?

Ma priorité sera une gestion toujours plus différenciée et territorialisée, avec des équipes d’intervention spéciales dédiées à ces zones, pilotées par les Mairies d’arrondissement. L’expérience des Jeux Olympiques et Paralympiques, très réussie sur le plan de la propreté, nous a aussi apporté de précieux enseignements, avec notamment le succès des “hubs de tri” à proximité des sites très fréquentés, comme sur le parvis de Notre-Dame, que nous étendrons là où c’est pertinent.

Je veux aussi mobiliser l’ensemble des professionnels : nous développerons des services de collecte des déchets dédiés (déchets alimentaires, cartons), mais il faut que chacun joue le jeu, notamment pour lutter contre les dépôts sauvages.

 

Les travaux de voirie et la transformation de la circulation à Paris ont également été vivement critiqués ces dernières années. Vous proposez de supprimer le stationnement des autocars de tourisme dans l’espace public. Comment cela sera-t-il mis en œuvre sans réduire l’accueil des touristes ?

Nous proposerons un stationnement en parkings dédiés et une organisation des circuits pour désengorger les zones les plus sensibles, tout en maintenant l’accès aux sites.

La gare routière de Bercy sera notamment mise à contribution. C’est une mesure de sécurité et de qualité d’accueil qui améliore l’expérience des visiteurs, réduit les nuisances pour les riverains et remet de la cohérence dans l’usage de l’espace public. C’est aussi un retour à la normale : cette gare devait initialement accueillir les autocars de tourisme et non les cars SLO.

 

L’ancienne équipe municipale a lutté sans relâche contre les locations meublées de tourisme ainsi les plateformes de réservation, accusées de siphonner le parc locatif au détriment des Parisiens, d’encourager des pratiques spéculatives et de nuire à l’activité hôtelière classique en raison d’une concurrence déloyale. Comptez-vous poursuivre les actions menées ? Si oui comment comptez-vous procéder ? 

Oui. La régulation des meublés de tourisme doit se poursuivre, car elle est indispensable à l’équilibre entre attractivité, logement et hôtellerie. Nous appliquerons pleinement les dispositions de la loi adoptée en 2024 : contrôles renforcés, sanctions effectives contre les fraudes et limitation stricte des changements d’usage.

L’objectif est de rétablir des règles du jeu équitables entre les hôteliers et les plateformes, protéger le parc résidentiel et préserver une offre d’hébergement touristique de qualité, compatible avec la vie des quartiers.

 

Comment envisagez-vous de travailler avec les organisations professionnelles de l’hôtellerie-restauration ?

Je veux un dialogue régulier et structuré avec la Ville et les professionnels, notamment via des comités de filière. Ils permettront de co-construire les décisions clés (attractivité, emploi, tourisme durable/transition écologique/grands événements), d’anticiper les difficultés et de sécuriser l’activité.

 

Les professionnels des cafés, hôtels et restaurants se plaignent régulièrement de la complexité liée aux terrasses, des travaux de voirie et occupations du domaine public. Comment souhaitez-vous pacifier et simplifier ces relations ? De plus, vous évoquez des “redevances proportionnées” pour les activités commerciales. Comment seraient-elles calculées ?

Je mettrai en place un guichet municipal unique : un cadre régulier pour traiter les terrasses et occupations du domaine public et mieux anticiper les travaux.

Les redevances proportionnées sont une des pistes qui seront entièrement étudiées et construites dans le cadre des comités de filière, avec les professionnels, pour tenir compte de la diversité des activités organisées sur l’espace public et de la répartition dans les différents quartiers. 

 

Souhaitez-vous instaurer des dispositifs d’incitation ou de financement pour encourager les établissements CHR à adopter des pratiques durables (certifications vertes, circuits courts, gestion des déchets…) ?

Nous soutiendrons la montée en gamme durable des établissements CHR en travaillant avec les organisations professionnelles : efficacité énergétique, circuits courts, gestion des déchets, accès aux labels existants, via un appui technique de la Ville et des dispositifs d’accompagnement. La Ville accompagnera ainsi les acteurs économiques qui s’engagent à poursuivre la transition énergétique et écologique pour un tourisme plus durable.

 

Vous voulez renforcer “l’appui aux associations et acteurs du tourisme engagés dans un tourisme social et solidaire”. Comment cet appui se traduira-t-il concrètement ?

L’appui au tourisme social et solidaire passera par un soutien renforcé aux associations locales, la valorisation du patrimoine méconnu mais aussi du patrimoine immatériel, et leur intégration dans la stratégie touristique de chaque arrondissement.

 

Enfin, si vous deviez adresser un message aux hôteliers, restaurateurs et cafetiers qui doutent aujourd’hui de l’avenir économique de la capitale, voire pour certains de la pérennité de leur commerce, que leur diriez-vous ?

Tout sera fait pour que Paris reste la première destination touristique mondiale et cela ne se fera pas sans ses cafés, ses restaurants et ses hôtels qui font la renommée de Paris et qui doivent accueillir aussi bien les habitants que les visiteurs.

Mon engagement : être un maire facilitateur du quotidien, qui donne stabilité et visibilité à votre activité, avec des règles lisibles, un dialogue permanent avec la Ville et une volonté partagée de faire briller Paris !

 

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Publié par Roselyne DOUILLET



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