Comment maintenir le leadership touristique de Paris, l’une des villes les plus visitées dans le monde, et bénéficier de l’héritage des Jeux 2024 tout en garantissant la qualité de vie des Parisiens ? Quelles mesures adopter pour accueillir au mieux plusieurs dizaines de millions de visiteurs chaque année tout en luttant contre le surtourisme ? Comment travailler efficacement avec les professionnels des CHR, ambassadeurs de la gastronomie, de l’accueil et du l’art de vivre à la française, promouvoir la destination à l’étranger, combattre les abus des meublés touristiques… ?
Ce sont deux visions du tourisme qui s’affrontent entre les deux candidats actuellement en tête des sondages, qui ont accepté de répondre aux questions de L’Hôtellerie Restauration : Rachida Dati, candidate Les Républicains et maire du VIIe arrondissement depuis 2008, et Emmanuel Grégoire, candidat socialiste et député de Paris, et premier adjoint de la maire sortante, Anne Hildago, de 2018 à 2024.
Retrouvez l’intégralité des interviews de Rachida Dati et d'Emmanuel Grégoire :
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Deux diagnostics
Rachida Dati dresse un sévère bilan : Paris est devenue une ville "sale, peu sûre et dysfonctionnelle", résultat de "vingt-cinq ans de gestion socialiste" et d'un "tourisme débridé". Pour soutenir l'attractivité touristique de la capitale, la candidate s’attaquera ”tout d’abord à ces problèmes structurels : une police de proximité pour sécuriser les commerces au quotidien, une politique ambitieuse de propreté pour redonner vie aux quartiers et une politique de mobilités qui ne paralyse plus l’activité économique”.
Pour Emmanuel Grégoire, si le tourisme constitue "une richesse inestimable pour Paris", il estime que le modèle actuel est "à bout de souffle". Sa priorité : "Paris ne doit pas devenir un décor ni une ville réservée à quelques-uns". Le candidat de gauche veut "retrouver un équilibre entre la ville des habitants et la ville des visiteurs".
Deux stratégies de promotion
La stratégie de Rachida Dati est claire : "faire du tourisme un levier de richesse pour Paris et les Parisiens". La candidate mise sur un tourisme "plus ordonné, réparti dans toute la ville, géré par des professionnels qualifiés" et ciblant "les touristes à forte valeur ajoutée qui dépensent davantage dans nos restaurants, nos magasins". Elle souhaite également renforcer la promotion de la destination à l’international, en “allant chercher de nouveaux marchés vers les pays émergents où se développe une classe moyenne et une classe supérieure avide de découverte".
Emmanuel Grégoire, de son côté, souhaite "faire mieux en matière de promotion pilotée à l'échelle métropolitaine, avec une marque unique, un site d'accueil et une application pour améliorer à la fois l’expérience des visiteurs et la qualité de vie des Parisiennes et des Parisiens.".
Une lutte commune contre le surtourisme, les meublés touristiques, la complexité administrative
Les deux candidats reconnaissent les défis posés par les pics de fréquentation dans certains sites emblématiques de la capitale. Rachida Dati propose de "mettre en avant de nouveaux quartiers et sites d’intérêts et valoriser l’esprit ‘village’ de nos arrondissements.” L’enjeu d’Emmanuel Grégoire sera “de révéler un Paris autrement, plus local et mieux partagé, dans l’ensemble des arrondissements.” Chacun d’eux “sera incité à définir sa politique touristique, en lien avec les habitants et les acteurs économiques, pour valoriser son identité et ses richesses. Nous développerons des parcours thématiques à pied, à vélo ou en transports en commun”, détaille le candidat.
La régulation des meublés touristiques est aussi une priorité partagée : Rachida Dati souhaite "empêcher les investisseurs et les spéculateurs immobiliers de transformer des logements en meublés touristiques" et Emmanuel Grégoire promet d'appliquer "pleinement les dispositions de la loi adoptée en 2024 : contrôles renforcés, sanctions effectives contre les fraudes et limitation stricte des changements d'usage".
La simplification administrative figure aussi dans les deux programmes. Rachida Dati promet un "véritable choc de simplification" avec un "guichet unique" et des "délais d'instruction en matière d'occupation temporaire du domaine public réduits à trois semaines". Emmanuel Grégoire propose également "un guichet municipal unique" pour "mieux anticiper les travaux".
Fiscalité et régulation
Les différences sont en revanche très marquées sur la question de la contribution financière du tourisme. Rachida Dati veut inciter les touristes à "davantage dépenser" en installant "des points de 'détaxe immédiate' dans les principaux quartiers touristes pour permettre aux touristes de récupérer immédiatement la TVA sur leurs achats". Elle cite en exemple "l'augmentation du prix d'entrée au Louvre pour les touristes extra-européens", qu'elle a mise en œuvre comme ministre de la Culture. Son objectif : que "chaque euro supplémentaire dépensé par un visiteur devienne un euro de plus pour financer les services publics des Parisiens".
Emmanuel Grégoire propose pour sa part, "comme dans d'autres grandes capitales (Berlin, Amsterdam, New York)", un "dispositif plus juste et plus lisible, qui rééquilibre l'effort entre le très haut de gamme et le reste de la filière", notamment via une "taxe de séjour proportionnelle au prix de la nuitée".
Dialogue avec les professionnels
Les deux candidats appellent de leurs vœux une meilleure collaboration avec les professionnels des cafés, hôtels, restaurants. Rachida Dati fustige l’équipe sortante, accusée d’avoir “négligé et lésé” les commerçants et entrepreneurs parisiens, et promet de travailler "main dans la main" avec les organisations professionnelles, avec des "relations fluides car les professionnels seront concertés en amont des prises de décision". Et de les assurer : “Si je suis élue maire, ma mission sera de vous aider à développer vos entreprises, à employer plus de personnes et à faire prospérer Paris en libérant les énergies au travers d'un véritable choc de simplification. Avec moi, ça va changer ! Et sérieusement."
Emmanuel Grégoire veut quant à lui mettre en place "un dialogue régulier et structuré avec la Ville et les professionnels, notamment via des comités de filière" pour "co-construire les décisions clés (attractivité, emploi, tourisme durable/transition écologique/grands événements)". Il rassure les professionnels : “Tout sera fait pour que Paris reste la première destination touristique mondiale et cela ne se fera pas sans ses cafés, ses restaurants et ses hôtels qui font la renommée de Paris.”
Deux visions du tourisme
Ce sont donc deux visions du tourisme qui s’opposent. Rachida Dati revendique une rupture franche avec l’équipe sortante, une priorité donnée aux enjeux économiques et promet de “libérer les énergies”. Emmanuel Grégoire mise sur la stabilité et la concertation, plaidant pour un tourisme plus équilibré et durable, avec une meilleure répartition des coûts et bénéfices, afin de ne pas transformer Paris en "ville-musée".
Publié par Roselyne DOUILLET
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